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Chronique politique de Chris Egah: Silence sur le front Atchadam, vacances d’été ou silence stratégique du guerrier?

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Quand il fait silence sur le front, la campagne a de bonnes raisons de redouter d’éventuels roulements de tambour. Depuis quelques temps, me trottine dans la tête l’envie de savoir sur le lourd silence sur le front Atchadam. L’homme, on se rappelle, a fait récemment des vagues et provoquer dans différents états-majors politiques, des haut le corps qui s’expliquent par le déferlement de ce que d’aucuns ont appelé « le phénomène ». Pendant ce long et palpitant moment de silence du guerrier de Tchaoudjo, il me vient à l’esprit d’aller à la découverte de l’homme. A ma manière.

Certes, il a défrayé la chronique. Cependant, je voulus le voir émerger davantage pour en faire une appréciation que j’espère pouvoir tenir durablement la route. Le phénomène ? Si tant est qu’il en est un, retient mon attention pour quelques-uns de ses caractères qui, sans pour autant tenir d’une nouvelle école de pensée politique, offrent des pistes de réflexion dignes d’intérêt dans le contexte si particulier de la situation politique togolaise. En parlant de piste, je veux me référer au discours de l’homme, au cadre géographique de ses deux grands meetings et de sa position par rapport aux autres leaders de l’opposition notamment celui du Cap 2015, Jean-Pierre Fabre.

Le discours de Tikpi Atchadam n’a pas une identité propre
qui le distingue particulièrement de celui de l’Ufc au faîte de sa gloire
ou de celui de l’Anc

Le discours de Tikpi Atchadam est très offensif, virulent. A dessein ? Sans doute parce qu’il se veut accrocheur et mobilisateur. Il ne s’agit pas d’un discours en perspective qui porte un programme d’action politique spécifique. Le virevoltant tribun est pour l’instant dans un combat attendu pour lui offrir une place et si possible un positionnement. Ce discours n’a pas une identité propre qui le distingue particulièrement de celui de l’Ufc au faîte de sa gloire ou de celui de l’Anc. Il tourne autour des recettes connues de longue date à savoir la dénonciation d’un « régime clanique, orgiaque et de nature monarchique », la nécessité d’une alternance politique et les questions de réforme : toutes choses dont l’opposition a fait son cheval de bataille. Les thèmes essentiels du discours du président du Pnp ne me paraissent pas autrement recherchés. Sans doute cela viendra-t-il avec un autre palier de sa stratégie politique, mais l’homme a une présence sur scène par son bagout, l’aisance de son flot. Il est un orateur de grand talent particulièrement attentif aux inclinations émotionnelles de son auditoire. Autant dire qu’il dispose d’un des plus grands atouts qui font les grands hommes politiques.

Pour Tchikpi Atchadam, il est dangereux,
voire suicidaire, que tous les leaders de l’opposition
s’alignent derrière un pseudo chef
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Mais quoiqu’ordinaire, le discours de Tchipi Atchadam a l’avantage de la clarté du point de vue de la stratégie de combat qu’il professe par rapport à celles des autres partis de l’opposition et surtout face à l’Anc et au Cap 2015. Le président du Pnp défend un front objectif de l’opposition à deux ou à trois têtes. Pour Tchikpi Atchadam, il est dangereux, voire suicidaire, que tous les leaders de l’opposition s’alignent derrière un pseudo chef. Sa thèse, on le devine aisément, s’enracine dans les déconvenues auxquels Gilchrist Olympio a conduit ses partisans et l’opposition dans son ensemble par les accords de San Egidio qu’il a signés avec le régime Faure Gnassingbé.

Le président du Pnp a intégré le risque d’un alignement dans le genre et en a fait un élément fondateur explicite de sa stratégie de combat. Cette clarification a semblé lui conféré un statut alors très peu parasité par les tintamarres unionistes. Ainsi donc, le courant Atchadam s’est donné de bonnes raisons d’exister. Il existe par rapport au pouvoir en place, par rapport à la frange majeure de l’opposition qu’incarne l’Anc et par ailleurs, par rapport au groupe des six qui n’a pas de discours clair notamment sur ce qui fait sa différence avec les coalisés du Cap 2015.

Contrairement au Pnp, le groupe des six a eu, dès le départ, tout un mal de chien à se faire accepter, les militants de l’opposition n’ayant pas perçu l’urgence de la création d’un autre groupe à côté de celui du Cap 2015. Le Groupe des six avait négligé ou alors manqué de la vivacité d’esprit de communiquer sur les raisons essentielles qui fonde sa création. Ses raisons sont davantage à chercher dans leur opposition de style ou de méthode par rapport à l’Anc. Cette différence mérite d’être mise en exergue et courageusement assumée face à l’opinion. Assumer le libre choix de sa différence ! Cela Tchikpi Atchadam l’a fait. Mais là n’est pas l’élément déterminant du succès de ses meetings à Sokodé et à Agoè. Ni même son don de bien énoncer ses pensées.

L’homme s’est révélé très populaire dans sa ville natale et à Agoè qui passe pour la plus forte place de la communauté Tém de la capitale togolaise. De l’avis de certains observateurs intéressés par le dossier, seul Djobo Boukari aurait pu revendiquer dans les milieux Tém, une popularité dans la même étoffe que celle d’Atchadam. Ici Ouro-Akpo Tchagnao, député élu de l’Anc dans la préfecture de Tchaoudjo et un certain  Zarifou Ayéva du Pdr sont à mille lieues de tenir la comparaison. Depuis la disparition de Djobo Boukari, le peuple Tém semble à la recherche d’un leader de cru. Le vide n’a pas été comblé par Zarifou Ayéva qui a rapidement sombré dans l’illusion d’un leader sans charisme et taxé de pathétique collaborationniste au même titre que le Pr Gnininvi et autre Edem Kodjo.

Il a tenté la région de Dapaong où la religion musulmane est très prégnante,
pour le tour de rodage de la machine avant de descendre sur Sokodé qui,
non seulement, est sa ville natale mais aussi un lieu très marqué par l’islam.

Tchikpi Atchadam est ainsi, l’expression d’un manque et d’une attente. Il faut bien le dire : avec la poussée qui est la sienne, les espaces Anc et Unir risquent, à mon sens, de se réduire dans le Tchaoudjo lors des prochaines législatives, en une peau de chagrin. Mais la bataille du suffrage, aura lieu cependant et promet de tourner à un véritable pugilat entre les listes Unir et Pnp. Je ne doute pas que cette perspective fasse un grand souci chez Jean-Pierre Fabre dont le lieutenant Tchagnao, me semble-t-il, passerait pour un élu par défaut si d’aventure il ne parvient pas à renouveler, l’année prochaine, son mandat de député.

Tchikpi Atchadam, il est important de le surligner,  ne choisit pas par hasard les lieux où il tient ses meetings. Il a tenté la région de Dapaong où la religion musulmane est très prégnante, pour le tour de rodage de la machine avant de descendre sur Sokodé qui, non seulement, est sa ville natale mais aussi un lieu très marqué par l’islam. Puis ça a été le tour d’Agoè, là même où, par ailleurs,  l’Anc a présenté récemment une piètre figure dans son rôle de mobilisateur de masse au lendemain des manifestations violentes suite à l’augmentation des prix à la pompe.

Et pour le moment, il n’est que vérité de La Palice,
l’idée selon laquelle, les ethnies ne trouvent des leaders
de confiance qu’en leur propre sein.

Tchikpi Atchadam n’a pas choisi par hasard la couleur rouge sang qui est un totem des guerriers de Tchaoudjo. C’est cette couleur qu’il lui faut pour le symbole qu’elle véhicule. Et il s’en saisit sans s’embarrasser du risque de confusion avec les couleurs du CAR de Me Yaovi Agboyibor. On ne saurait sérieusement reprocher au guerrier de Tchaoudjo de jouer sur la corde émotionnelle. La tendance naturelle pour tout leader, est de rassembler autour de lui, des gens de confiance. Et pour le moment, il n’est que vérité de La Palice, l’idée selon laquelle, les ethnies ne trouvent des leaders de confiance qu’en leur propre sein. Cet encrage communautariste que certains semblent dénoncer chez Atchadam, nombre de leaders de parti le recherchent pourtant de longue date. Et désespérément. Comme Edem Kodjo a qui il est arrivé d’échouer dans l’Avé en tant que candidat aux législatives et qui, de guerre lasse, s’est résolu à faire fondre son parti la Cpp dans Unir. Comme Kafui Adjamagbo Johnson qui n’a pas réussi à se faire élire députée en 2013 chez elle dans l’Ogou. Elle dut, avec ce qui ne tient que de reliquat de la Cdpa, regagner avec arme et bagage, les rangs du Cap 2015 où elle négocie auprès de Fabre, des listes communes lors des législatives prochaines.

Au Togo, il est bien un déshonneur pour un chef de parti qui ne réussit pas à se faire élire dans sa circonscription électorale natale. Pourtant c’est bien le cas de beaucoup de chef de partis dont certains, malgré cet opprobre d’impopularité, se sont présentés, sans le moindre sourire de malice en coins, au scrutin présidentiel. Leur jeu n’a trompé personne. Il était cousu de fil blanc.

Il n’est donc pas réducteur de prétendre, qu’aussi bien à Sokodé qu’à Agoè, le président du Pnp a pu compter essentiellement avec la mobilisation des « siens ». Il vaut mieux cela que de n’avoir aucune base comme les saltimbanques qui peuplent l’univers politique togolais et qui peuvent à peine rassembler l’équivalent en nombre des membres de leur famille.  Cependant,  il faut le dire, les plus grands défis d’homme politique, restent à venir pour le leader du Pnp.
Deux meetings réussis sont loin de lui garantir une autorité politique d’envergure nationale. Qu’il se trouve de plaisantins qui déjà parlent de « macronisation » de la scène politique togolaise et de « dégagisme », ne suffit pas à convaincre d’une tendance durable des succès de Tchikpi Atchadam. Il lui faut sortir de cette stratégie endogamique et coplanaire pour ratisser large.
Pour cela, d’autres régions du Togo, l’attendent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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